Un dualisme contre Nature

Publié le par Le blog de l'écologie positive

La séparation entre Homme et Nature est sans doute l'erreur la plus importante, la plus fondamentale de la pensée écologiste.

D'inspiration cartésienne, elle a été paradoxalement reprise par les penseurs de l'écologisme, des ancêtres (rousseauistes, certains romantiques...) jusqu'à certaines formes actuelles (néo-malthusiens, "Deep Ecology", etc...).

Les premiers opposaient la Nature "mécanique" avec l'Homme seul être doté d'une conscience, les seconds ont fait le raisonnement inverse, avec une Nature bonne et maternelle face à un Homme fondamentalement mauvais et pollueur.

 

Aujourd'hui, cette dernière croyance est largement répandue dans la culture populaire occidentale ; elle cohabite, avec plus ou moins de contradictions, avec la première.

 

La logique est opposée mais la stupidité est la même.

 

"Quatrepattes, oui ! Deuxpattes, non !"

(devise de la "Ferme des animaux" de George ORWELL)

 

Dans cette optique, la création des premiers parcs nationaux et réserves naturelles a conduit à en écarter les êtres humains, perçus comme une nuisance, de ces espaces naturels muséifiés.

Cela a abouti à l'expulsion des Amérindiens des grands parcs nationaux de l'Ouest des Etats-Unis aux 19ème et début du 20ème siècle, et, plus tard, à celle des populations locales des réserves instituées dans plusieurs Etats récemment décolonisés (Inde, certains pays africains).

Même en Europe, ce dualisme produit et entretient des conflits autour de la vie sauvage (le Loup en est un bon exemple), perçus à tort comme des espaces où les activités humaines sont totalement prohibées (ce qui est vrai [et souhaitable] dans un petit nombre de cas seulement, pour sauvegarder des sites exceptionnellement fragiles).

 

La sortie de ce mode de pensée binaire, manichéen et conflictuel est un impératif pour renvoyer dos à dos le narcissisme et la haine de soi (surtout dans les pays occidentaux, marqués par ce mode de pensée depuis près de 400 ans).

 

Il est nécessaire de percevoir les activités humaines et la Nature comme étroitement interconnectées, et pouvant interagir ensemble de manière positive.

 

L'Homme est en lui-même un écosystème, puisque différentes espèces de bactéries et de virus (qui sont le plus souvent inoffensifs, et certains nécessaires à sa bonne santé) cohabitent dans son organisme.

 

Même les déchets (= produits de la consommation) peuvent être recyclés.

La notion de "déchet" est une invention de l'ère industrielle, quasiment tout peut se recycler (voir la maxime faussement attribuée à LAVOISIER "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"), y compris... les produits de l'industrie (une "écologie industrielle" est d'ailleurs expérimentée sur les sites de plusieurs pays, par exemple sur le site danois de Kalundborg mais aussi en Chine, souvent pour un motif d'optimisation des ressources disponibles).

Chez soi, on peut faire l'expérience du compostage ou lombricompostage (j'en fais moi-même sur mon balcon), qui démontrent que nos épluchures, trognons, restes de table... peuvent fournir un excellent terreau, à l'aide de l'action des lombrics et d'autres organismes.

Même les excréments peuvent être recyclés et fabriquer du compost (il est évident que pour des raisons de commodité, il vaut mieux faire cette expérience loin des habitations, mais ça marche, on peut même faire pousser des arbres fruitiers sur des fosses septiques !

 

"L'Homme est la Nature prenant conscience d'elle-même"

(Elisée RECLUS)

 

En se "renaturant" (comme le dirait Jean-Marie PELT), l'Homme moderne peut (re-)prendre conscience de lui-même.

 

Alexis VERNIER 

 

"Il ferma les yeux et appuya sa joue contre le tronc, seul point ferme dont il disposât. Dans cette vivante mâture, le travail du bois, surchargé de membres et cardant le vent, s'entendait comme une vibration sourde que traversait parfois un long gémissement.

Il écouta longuement cette apaisante rumeur. L'angoisse desserrait son étreinte. Il rêvait. L'arbre était un grand navire ancré dans l'humus et il luttait, toutes voiles dehors, pour prendre enfin son essor. Une chaude caresse enveloppa son visage.
Ses paupières devinrent
incandescentes. Il comprit que le soleil s'était levé, mais il retarda encore un peu le moment d'ouvrir les yeux.

Il était attentif à la montée en lui d'une allégresse nouvelle. Une vague chaleureuse le recouvrait. Après la misère de l'aube, la lumière fauve fécondait souverainement toutes choses.

Il ouvrit les yeux à demi. Entre ses cils, des poignées de paillettes luminescentes étincelèrent. Un souffle tiède fit frémir les frondaisons. La feuille poumon de l'arbre, l'arbre poumon lui-même, et donc le vent sa respiration, pensa Robinson.

Il rêva de ses propres poumons, déployés au-dehors, buisson de chair purpurine, polypier de corail vivant, avec des membranes roses, des éponges muqueuses...

Il agiterait dans l'air cette exubérance délicate, ce bouquet de fleurs charnelles, et une joie pourpre le pénétrerait par le canal du tronc gonflé de sang vermeil..."

 

(Michel TOURNIER, "Vendredi ou les Limbes du Pacifique",

texte au programme du baccalauréat de français 1999, série littéraire)

 

 


 

 

 

 

Commenter cet article