INTERNATIONAL – Vivre avec les Loups

Publié le par ecoloptimiste.over-blog.com

United Nations

 

 

Le cas du Narcisse*, que nous venons de voir, illustre un cas extrême d’intervention humaine pour protéger les espèces menacées.

La création de réserves à protection stricte, et les interventions ciblées sont certes utiles pour sauvegarder les espèces les plus rares et les écosystèmes les plus sensibles.

Mais il est des cas où cette approche s’avère réductrice, et doit être remplacée par l’acceptation (dans des limites tolérables pour l’activité humaine il est vrai) de la vie sauvage hors des espaces protégés.

Le numéro 267 de Terre sauvage propose un entretien passionnant avec Antoine Nochy, philosophe, écologue et spécialiste de la créature la plus mythique de la faune européenne, j’ai nommé le Loup.

Cet animal, qui a entraîné tour à tour fascination et répulsion chez les peuples d’Europe**, fait preuve d’un dynamisme qui s’accommode mal des stratégies de protection de la nature basées sur les parcs nationaux et les réserves naturelles, et invite à trouver d’autres formes de cohabitation.

 

 

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Aux Etats-Unis, le Loup a été réintroduit dans le parc national de Yellowstone, après en avoir été éliminé par les chasseurs. Et il préfère s’installer… hors du périmètre du parc !

L’explication est qu’il s’y maintient mieux (tout en restant discret) que dans le parc, habité par les Grizzlys et Pumas, qui sont ses prédateurs naturels ! Les hommes d’aujourd’hui sont pour lui une compagnie plus tolérable que les ursidés ou les grands félins !

Et tant qu’on reste dans ce pays, on peut faire, sans grande difficulté, voler en éclats un mythe de plus en affirmant que les Loups de Yellowstone et des environs (comme les autres grands carnivores, Ours compris) sont beaucoup moins dangereux pour les humains que les grands mammifères herbivores (Bisons, Elans…) qui n’ont pourtant pas une réputation de tueurs !

Le constat serait sensiblement le même en Afrique, où les Hippopotames, Buffles et Eléphants tuent plus de vies humaines que les Lions, les Panthères et les Hyènes !

 

En Europe, le Loup est bien toléré en Italie, où l’antique mythe de Romulus et Remus doit toujours le protéger***. Et, en France, les campagnes d’éradication systématique ne datent que du 19ème siècle ; les persécutions antérieures, menées par les lieutenants de louveterie, ne visaient qu’à réguler sa population (un peu comme pour les Sangliers maintenant…).

 

Plus généralement, le Loup, ambassadeur suprême de la vie sauvage, n’a jamais entravé le développement de grandes civilisations : ils sont toujours présents aux Etats-Unis, en Russie, en Chine, au Canada, et l’on peut également citer la place centrale qu’ils avaient dans la Rome antique, et jusqu’à l’Italie contemporaine.

 

Le plus étonnant est qu’en France même, le Loup, qui fait son retour depuis deux décennies, semble mieux toléré loin des parcs nationaux qu’à l’intérieur !

Si l’on a longuement parlé de la situation dans le Mercantour, où les moutons sont présents en très grand nombre et où le statut de parc national interdit le port d’armes, conduisant à des conflits entre Loups et Bergers à l’intérieur même de la zone protégée, un cas est bien moins connu.

Dans les dernières années, le Massif central a lui aussi été reconquis par le Loup (à partir d’animaux venant des Alpes), mais avec bien moins de heurts que dans ce dernier massif ; en effet, la possibilité de dissuasion mutuelle entre lui et les bergers assure un équilibre entre les deux espèces.

 

La place du Loup, « super-prédateur » intelligent et dynamique, qui reflète notre rapport à la vie sauvage et a été successivement l’idéal, le miroir et le repoussoir de l’être humain, est peut-être ici : amener l’Homme, qui s’imagine le seul maître de la planète, à repenser les rapports qu’il entretient avec la Nature.

 

Source : Terre sauvage n° 267, décembre 2010-janvier 2011, Antoine Nochy, « Le loup reflète notre rapport au sauvage », propos recueillis par Jean-Jacques Fresko.

 

Alexis Vernier

 

* Voir ici : http://ecoloptimiste.over-blog.com/article-france-le-havre-du-narcisse-62011335.html

** Mais aussi chez les Asiatiques et les Amérindiens.

*** Saint François d’Assise a lui aussi apprivoisé cet animal ; en Italie, même l’Eglise catholique a donné sa bénédiction au Loup.

 

Illustration : Le Loup gris (Canis lupus) est un des animaux qui marquent le plus l'imaginaire humain (source : U.S. Fish and Wildlife Service / Wikimedia Commons).

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