FRANCE – Oiseaux en Île-de-France : quelles évolutions positives ?

Publié le par Le blog de l'écologie positive

France

 

Pour la première fois, les espèces d’oiseaux nicheurs d’Île-de-France ont fait l’objet d’une « liste rouge », élaborée selon les critères de l’UICN*.

Si un quart des espèces sont « régionalement menacées », et que certaines espèces ont subi un déclin particulièrement sévère (comme le Pouillot siffleur Phylloscopus sibilatrix ou le Pipit farlouse Anthus pratensis), d’autres rencontrent une évolution plus positive.

Et ce sont ces évolutions que je vous propose de découvrir, non pas pour occulter les menaces, mais comme un élément de compréhension des bonnes pratiques et des progrès accomplis (et de ceux qui restent à réaliser) pour la biodiversité francilienne.

Nous allons maintenant parcourir les différents biotopes concernés.

 

Les zones humides : celles-ci ont subi, et en périphérie de Paris plus qu’ailleurs, diverses dégradations (assèchement des marais et prairies humides, banalisation des plans d’eau urbains et péri-urbains).

Toutefois, ce déclin a été quelque peu contrebalancé par la création de nombreux plans d’eau de gravière (pour extraire des graviers et autres matériaux de construction !), souvent revenus à l’état naturel et protégés. Des îlots sont souvent aménagés au centre de ces plans d’eau comme zones de quiétude pour la faune, ce qui facilite la nidification de canards comme le Fuligule morillon Aythya fuligula et la Nette rousse Netta rufina, cette dernière ne nichant dans la région que depuis 1999 (18 couples en 2008). Additionnellement, ces milieux accueillent de grands groupes de canards, grèbes, etc… en hiver.

La Gorgebleue à miroir Luscinia svecica, un petit passereau, bénéficie de la protection de plusieurs sites (roselières, prairies inondables, anciennes carrières…) en Seine-et-Marne et dans le Val d’Oise (une quinzaine de couples se sont installés depuis les années 2000).

Le Bihoreau gris Nycticorax nycticorax et le Tadorne de Belon Tadorna tadorna, nicheurs rares, sont en lente augmentation, et de nouvelles espèces (en progression à l’échelle nationale, et souvent à affinités maritimes ou méridionales) pourraient à leur tour devenir nicheurs réguliers dans la région : Aigrette garzette Egretta garzetta, Cigogne blanche Ciconia ciconia, Balbuzard pêcheur Pandion haliaetus, Goéland brun Larus fuscus.

Plus atypique est la situation du Blongios nain Ixobrychus minutus : classé « en danger » en Ile-de-France, il parvient pourtant à s’adapter à plusieurs plans d’eau urbains (la Courneuve, Croissy-Beaubourg, les Chanteraines), preuve que ceux-ci ont un intérêt pour la biodiversité. Sa petite population (25-40 couples) est stable voire en légère augmentation dans la région.

 

 

Les milieux agricoles : plus encore que les zones humides, les oiseaux qui les habitent ont souvent décliné, à cause de l’agriculture intensive et de l’urbanisation dans la banlieue de Paris (au détriment des cultures maraîchères).

Mais des actions de sensibilisation ou d’incitation des agriculteurs peuvent porter leurs fruits, au moins pour certaines espèces : la surveillance des nids des Busards Saint-Martin Circus cyaneus et cendrés C. pygargus   a permis de maintenir leurs (petits) effectifs, et d’éviter la disparition de la seconde espèce (<10 couples depuis les années 1980).

Des espèces comme la Chevêche d’Athéna Athene noctua et l’Oedicnème criard Burhinus oedicnemus ont vu leurs populations se stabiliser, grâce à des politiques agri-environnementales et une meilleure sensibilisation des agriculteurs et propriétaires, de sorte qu’elles ne sont plus considérées comme réellement menacées.

Un cas très paradoxal : la Fauvette grisette Sylvia communis, est fréquente mais en déclin (et considérée comme « quasi-menacée ») sur le plan national. Mais… elle connaît une forte augmentation de ses effectifs en Ile-de-France (+ 77 % depuis 2001) et elle y est classée comme « préoccupation mineure ». La dynamique population francilienne pourrait même servir de réservoir pour les régions voisines, où la situation de l’espèce est moins favorable !

 

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Les forêts : l’Île-de-France compte de riches forêts comme celles de Fontainebleau ou de Rambouillet, qui sont depuis longtemps valorisées pour leur attrait récréatif et paysager. Elles ont, dans l’ensemble, été épargnées par l’urbanisation.

Certaines espèces communes telles que la Grive musicienne Turdus philomelos, le Grosbec cassenoyaux Coccothraustes coccothraustes, le Grimpereau des jardins Certhia brachydactyla et surtout plusieurs pics (Pic noir Dryocopus martius, Pic mar Dendrocopos medius…) y enregistrent des progressions appréciables. Et des espèces en déclin en France (Mésange noire Periparus ater, Bouvreuil pivoine Pyrrhula pyrrhula) n’affichent pas (d’après les données récoltées sur la période 2001-09) de régression dans la région.

Mieux, des espèces patrimoniales, qui ont toujours été considérées comme rares et localisées dans la région (Bécasse des bois Scolopax rusticola, Engoulevent d’Europe Caprimulgus europaeus, Gobemouche noir Ficedula hypoleuca) restent stables.

 

Les milieux urbains : pour beaucoup, Île-de-France est synonyme de béton.

Toutefois, ces milieux, qui ne forment « que » 21 % de la région, sont attirants pour diverses espèces d’oiseaux, d’autant plus que les banlieues pavillonnaires et les parcs publics offrent un habitat mi-rural mi-urbain (avec des petits bois, des friches, des plans d’eau…), et peuvent même favoriser des espèces rares (voir le cas du Blongios nain ci-dessus).

Parmi les 13 espèces considérées comme « spécialistes » du milieu urbain, seule une (le Moineau friquet Passer montanus, en fait plus campagnard et « villageois » que réellement urbain) est considérée comme « quasi-menacée », les autres sont abondantes et dans un état de conservation satisfaisant sinon plus.

Il reste que certains quartiers, notamment les quartiers d’immeubles en verre (La Défense, etc…) sont plus défavorables pour les oiseaux, qui trouvent plus difficilement les trous et fentes dans lesquels ils peuvent se loger, sans parler des arbres ou buissons. Mais des aménagements adéquats et une « appropriation » de la biodiversité par les citoyens et les décideurs peuvent changer la situation, et ceci de manière tout à fait réaliste : dans le quartier 100 % minéral de La Défense, des projets de nichoirs à Martinets sont en cours et un nichoir à Faucon pèlerin Falco peregrinus  a même été installé. Un couple du rapace emblématique fréquente ce quartier depuis 2008…

Le rapport précise que « les milieux urbains, longtemps considérés comme antinomiques avec le concept même de nature, [font] l’objet d’une attention plus particulière au cours des dernières décennies ».

 

Sources : http://www.notre-planete.info/actualites/actu_3266_oiseaux_menaces_Ile-de-France.php

http://www.natureparif.fr/evenements/ListeRougeOiseaux/LROISEAUX-WEB.pdf

 

Lire aussi : http://ecoloptimiste.over-blog.com/article-france-a-paris-la-biodiversite-fait-son-retour-59841035.html

http://ecoloptimiste.over-blog.com/article-france-les-bonnes-nouvelles-de-la-biodiversite-en-2010-59879850.html

 

Alexis Vernier

 

* Cette liste classe les espèces d’oiseaux par degré de menace, qui sont, par ordre décroissant : « récemment éteint » (RE), « en danger critique d’extinction » (CR), « en danger » (EN), « vulnérable » (VU), « quasi-menacé » (NT) et « préoccupation mineure » (LC).

 

Illustration : une énigme ornithologique, la Fauvette grisette (Sylvia communis), considérée comme en déclin en France, est de plus en plus abondante en Île-de-France.

Photo Bogbumper / Wikimedia Commons.

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