ESPAGNE et FRANCE – La Marmotte, une « nouvelle » jardinière dans les Pyrénées

Publié le par Le blog de l'écologie positive

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Lorsque, dans les dernières décennies du 20ème siècle, les humains ont réintroduit des Marmottes (Marmota marmota) dans les Pyrénées françaises, ils ne pensaient sans doute pas aux interactions que ces rongeurs allaient avoir sur l’écosystème, des interactions essentiellement positives.

 

A cette époque [encore très marquée par la distinction entre espèces jugées "utiles" et "nuisibles"], il s’agissait de détourner les Isards (Rupicapra pyrenaica, équivalents pyrénéens et ibériques des Chamois) de l’appétit de prédateurs comme les Aigles et les Ours, jugés féroces voire indésirables en ces temps-là.

Ce sont quelque 500 Marmottes qui avaient été réintroduites dans les massifs pyrénéens entre 1948 et 1984. L’animal avait certes vécu dans la région à des époques anciennes, mais en avait disparu depuis la fin de l’ère glaciaire !

 

Plus de 60 ans après le retour des premières Marmottes, une équipe d’écologues et de géographes espagnols a étudié les relations qu’elles entretiennent avec la faune, la flore et leur environnement.

 

Les Marmottes ont d’abord étendu leur territoire, en atteignant l’Espagne dès les années 1960 ; aujourd’hui, leur territoire s’étend sur 8 200 kilomètres carrés.

 

Comme il était prévu initialement (encore que…), elles ont fourni de la nourriture aux mammifères et oiseaux carnivores comme les Renards, les Ours, les Aigles*...

 

Ces animaux peu craintifs sont également appréciés des touristes qui viennent visiter les montagnes et en sont devenus une sorte de symbole.

Un modèle d'analyse coûts-bénéfices établi en 1994 (Bosio) a estimé la valeur des Marmottes (par retombées directes sur le tourisme, l'artisanat, les produits "culturels" et autres activités économiques des zones de montagne) à 40 fois l'effort financier généré par leur protection et leur réintroduction !

 

Mais surtout, la présence des Marmottes a permis de « jardiner » l’écosystème ; si l’utilité de la niche écologique de ces animaux est bien connue dans les Alpes, elle est nouvelle dans les Pyrénées.

 

L’appétit des Marmottes a une influence positive sur la flore : en consommant quelques centaines de grammes d’herbe par jour, chacune d’entre elles limite l’envahissement des prairies montagnardes et permet le maintien de plantes rares (orchidées, etc…).

 

Les terriers de Marmottes, qu’ils soient actifs ou abandonnés, sont en effet colonisés par tout un cortège animalier : reptiles, amphibiens, insectes et même Renards roux.

De tels comportements sont d’ailleurs observés chez de nombreux animaux fouisseurs à travers le monde : Chiens de prairie, Ecureuils terrestres, Tortues, Phacochères, Oryctéropes, Blaireaux, etc…

 

L’équipe de chercheurs va jusqu’à affirmer que la Marmotte est devenue « l’ingénieur de l’écosystème » !

 

Source : http://www.courrierinternational.com/article/2012/06/28/la-marmotte-animal-ingenieux

 

Alexis Vernier

 

* Ces conclusions ne sont pas extrapolables à l'ensemble du massif pyrénéen ; ainsi, dans la réserve du Mont Vallier (Ariège), les Aigles ne consommeraient aucune Marmotte et préfèreraient les Isards abondants en ces lieux (Nebel et al., 1997). 

 

Illustration : des Marmottes (Marmota marmota) photographiées dans les Pyrénées.

Photo Sylvain HAYE / Wikimedia Commons.

 

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