ETATS-UNIS - Comment les villes se (ré-)adaptent à la faune sauvage

Publié le par Le blog de l'écologie positive

ETATS-UNIS - Comment les villes se (ré-)adaptent à la faune sauvage

Contrairement à une idée reçue, la faune sauvage reconquiert progressivement les grandes métropoles d'Amérique du Nord (mais aussi d'Europe), où elles trouvent des habitats favorables... en dépit des réactions peu ou mal organisées des autorités, surtout pour les espèces les plus polémiques (coyotes, pumas...). Il est temps de réapprendre à cohabiter avec elle.

Il faut premièrement savoir que ces villes sont situées en des lieux souvent favorables à la faune : au bord de la mer, des fleuves et rivières, dans des estuaires, des zones humides voire dans des oasis en plein désert (cas de Las Vegas). Cette vie sauvage fut détruite dans les premiers temps du peuplement européen, de sorte qu'elle avait quasiment disparu dans les premières décennies du 20ème siècle.

La date où cette tendance s'est inversée est difficile à déterminer. Ironiquement, on pourrait prendre les années 1940, époque où Walt Disney signa son dessin animé "Bambi" qui dépeignait les humains EXCLUSIVEMENT comme de dangereuses créatures pourchassant les bêtes sauvages et brûlant les forêts jusque dans les coins les plus reculés.

En fait, c'est à cette époque que l'attitude des Américains "urbains" envers la faune sauvage changeait progressivement. La chasse de loisir déclinait, au profit d'un usage plus pacifique des espaces forestiers et naturels, sans oublier le développement des terrains de golf et surtout des grandes banlieues pavillonnaires (qui créèrent une sorte de "zone tampon" entre les villes et les espaces naturels, favorable aux espèces les plus aventureuses).

Les premiers à en bénéficier furent les cervidés, qui avaient presque disparu des Etats de l'Est (les plus anciennement colonisés et "européanisés") mais recevaient désormais un bon accueil du public (merci Bambi !).

Plus tard (années 1960-70), les lois de protection de la nature et la création de réserves naturelles (parfois jusque dans l'espace urbain) ont pris le relais, permettant le retour de petits mammifères opportunistes (renards, ratons laveurs, opossums, mouffettes...) mais aussi des grands rapaces naguère menacés comme le Faucon pèlerin Falco peregrinus (qui niche sur les gratte-ciel !) et plus récemment le Pygargue à tête blanche Haliaeetus leucocephalus.

Les années 1990 ont vu le retour progressif de grandes espèces de mammifères carnivores (une évolution qui -en-dehors de quelques cas marginaux- n'a pas encore atteint les villes d'Europe, même si ces animaux ont eu tendance à progresser d'une manière générale, et ceci en dépit des controverses et polémiques diverses) : Coyotes, Lynx roux, Ours noirs et Pumas font désormais, plus ou moins, partie des paysages urbains nord-américains.

La reconquête des villes par la faune n'est pas achevée, avec des modalités très variées selon les régions : des Alligators dans les Etats humides et chauds du Sud-Est (de Miami à Memphis), des Castors dans les fleuves, des Otaries au bord de l'Océan Pacifique, des Martres pêcheuses Martes pennanti dans les villes du Nord-Est (Philadelphie, New York...) ou encore des Blaireaux Taxidea taxus dans le Sud californien. Il convient de préciser que quelques-unes de ces espèces étaient considérées comme menacées d'extinction au siècle dernier.

Ces arrivées, souvent accueillies avec surprise ou crainte par les habitants, nécessitent une prise en compte adaptée pour éviter des actions aberrantes, coûteuses et inutiles (comme cette stupide "battue au coyote" menée pendant 3 heures en plein Manhattan !). En effet, ces animaux ne sont pas présents par hasard mais parce qu'ils trouvent un habitat adapté (la faune sauvage n'a pas forcément besoin de réserves très reculées pour exister !) : en ce sens le retour ce ces animaux mérite le respect en ce qu'il témoigne de l'intelligence de la vie sauvage. Et bien qu'ils représentent un danger parfois réel pour l'homme et les animaux domestiques (risque d'accident ou de maladie), celui-ci est très faible par rapport à d'autres espèces incluant les moustiques, les guêpes voire... les chiens. La faune sauvage régule aussi les populations d'animaux ravageurs (rats, souris, insectes divers...), aidant ainsi à contrôler les maladies ainsi que les dégâts aux activités économiques que causent ces dernières.

Une politique rationnelle devra s'appuyer sur ces 4 axes :

  • développer la recherche éthologique et zoologique en milieu urbain, les études disponibles étant encore trop rares comparées à celles menées dans des espaces plus "sauvages" ;
  • éduquer la population à l'acceptation de la vie sauvage en ville, démonter les mythes et obtenir le soutien de la population ;
  • adapter les équipements publics à la présence de vie sauvage pour éviter les risques ou nuisances (signalisation routière de prévention, poubelles ne pouvant être déplacées ou renversées par les animaux, pose de vitres anti-reflet pour éviter les collisions des oiseaux...) ;
  • mieux coordonner les règles de droit et les politiques des agences publiques pour éviter les actions incohérentes.

Source : Gizmodo

AV.

Illustration : un Puma (Puma concolor) photographié au Zooparc de Beauval (région Centre-Val de Loire / France) le 2 avril 2015. Photo Alexis VERNIER.

Commenter cet article